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« L’Etudiant » à la Coursive, du 19 au 25 Mars

l'Etudiant

l’Etudiant

Kazakhstan, 2012, 1 h 30, couleur, v.o

Le cinéma de Darezhan Omirbayev, apparu avec l’inoubliable Kairat, se reconnaît en quelques plans: une figure systématique de jeune homme solitaire, une rigueur scénographique bressonienne, des cadres qui sont le plus souvent des portraits, un léger parfum de Nouvelle Vague dans les situations et leur traitement, et un très bel art de la durée. L’Etudiant, adapté de Crime et Châtiment, de Dostoïevski, ne déroge pas à ces critères… Depuis une vingtaine d’années, le cinéaste et ses films sont les meilleurs témoins de l’implacable transformation du Kazakhstan, dont les mœurs anciennes et civilisées s’adaptent difficilement à la férocité de l’économie libérale qui le gouverne désormais. C’est explicitement le sujet de L’Etudiant, qui observe un jeune homme désargenté dans une grande ville anonyme. Un étudiant sans charisme ni qualités, qui porte de grosses lunettes, chausse de fausses Adidas et regarde les filles avec un air de moineau ahuri. En silence, cet homme sonde son âme: est-il capable de commettre un crime? Pas tellement pour l’argent, mais pour le défi moral auquel il soumettrait ainsi sa conscience. Tempête éthique et politique sous un crâne simple… Mais sous la silhouette de cet étudiant taiseux et sans nom, c’est également tout un peuple soumis, mutique qui se cogne contre un nouveau réel imposé, et c’est toute une chaîne de liens affectifs, familiaux, sociaux, immémoriaux, qui se corrode, puis se néantise. La qualité unique du cinéma de Darezhan Omirbayev tient d’abord à son code génétique : à la fois asiatique et européen, mixte étrange et rare, qui conjugue réellement sous nos yeux des corps et des façons d’être, de penser et de regarder que l’on sait provenir de sources disparates, ici unifiées dans le cours calme d’un fleuve mitoyen. S’ajoutent les propres dons du cinéaste, notamment son écriture si particulière: à quelques endroits du film, Omirbayev fait revenir la figure d’un mafieux impassible saisi par des spasmes de brutalité gratuite inouïs, qui s’exercent contre un serveur de thé maladroit ou un vieil âne épuisé, violences que le cinéaste traite toujours par des ellipses d’une pudeur coupante. La question que nous pose un tel film est simple mais embarrassante: comment, dans les conditions impitoyablement matérialistes qui sont celles où l’on nous ordonne de vivre, contenir la guerre impérieuse que nos pulsions engagent contre notre raison? A en juger par L’Etudiant, Darezhan Omirbayev craint que la réponse ne soit dans la question.

Olivier Séguret, Libération du 18 mai 2012

  • Acteurs
  • Scénario et montage
  • Photo
  • Son
Nurlan Baitasov
Maya Serikbayeva
Edige Bolysbayev
Asel Sagatova
Bakhytzhan Turdaliyeva
Darezhan Omirbayev
Darezhan Omirbayev d’après le roman Crime et Châtiment de Dostoïevski
Boris Troshev
Iliya Biserov

Retrouvez l’intégralité de la programmation sur le site de la Coursive.

Port de Pêche de La Rochelle

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